La mort m’a fait souvent veiller pour avoir craint qu’elle ne m’emporte. Je suis vivante. Le temps ne m’est plus compté. Je resterai éveillée même sous l’effet d’une mouche Tsé Tsé.
Minuit.
Pas de crime. Pas de lune ronde. Pas peur.
Les murs insolites se réjouissent de la fièvre à venir. Samedi, la Biennale ouvre ses portes. J’ai soif. Mes lèvres sèches. Olivier change de couleurs. Sa guerre n’est pas finie. Sa toile s’arrondit. Le gardien n’est pas un ange. Il cherche des mouches dans l’accalmie.
Personne. Olivier. Moi. Le geôlier protecteur. L’araignée multiforme.
Rachid El Haddak, champion de France des mi-lourds depuis tout à l’heure. Je l’ai entendu à la radio. Un stéphanois.
Le geôlier surveille les bouches d’aérations. Le bruit dans les canalisations. Les ombres de la peinture. Rien. Il ne se passe rien. Pas grand-chose pour lui. Beaucoup pour nous. Inoubliable. Il tourne en rond par habitude.
01 heures 44
J’ai envie de châtaignes grillées. Demain j’irai en acheter au marché. Tout le monde dort tandis qu’Olivier hurle. Une bête immonde se promène sur sa toile. Il ne veut pas l’écraser. Meurtre. Il attend. Souffle. Saute. Chorégraphie nerveuse. Pause safari.
02 heures 17
Il fait chaud. Le soleil fait son apparition. La nuit me fait un cadeau. Ce n’est que le rayonnement des pinceaux. Orange vif. Rouge. Le jour est encore loin. C’est quoi dormir ?
02 heures 32
Une nuit dans la Cité. Sages comme des images. Sans rouspéter. Parler. Olivier ne me cause plus depuis minuit. Loup garou muet.
02 heures 47
J’ai peur. Faux. C’était un test horrifique. Je dirai toute la vérité. Rien que ma vérité.
………
03 heures 22
J’ai la tête qui tourne. Le gardien n’a rien à signaler. Pas de bactérie. De rat d’hôtel. De flibustier. De brasier. Rien. Un air Design. Je commence à me déformer. Les pieds. Ma jambe. Ma tête en l’air. Je ne vois plus Olivier…
03 heures 53
Le retour du déserteur. Fusillé par mon regard. L’exil bénéfique du vagabond. Dégustateur vorace de graines de grenade.
04 heures20
Demain, je veux
déjeuner en paix.
4 heures 27
Rien. Le néant. Les poubelles sont pleines. Les boueux vont sillonner l’aube au ralenti. Je n’ai pas sommeil.
………
4 heures 59
Il pleut. Non. J’entends la soufflerie derrière mon dos courbatu. J’ai faim. J’ai fait une balade autour de la Cité. Je n’ai rien vu. Pas même des traces de monstre. Un amas de pensées. Divagations matinales.
5 heures16
Je n’ai jamais autant veillé sur rien. Même pas une machine défaillante. Vierge climat. Marie pleine de grâce.
Mon père veillait sur moi. Mes sorties. Mes fréquentations. Mes ruses. Je l’ai veillé une seule nuit. Heure par heure. Souffle par souffle. Le battement sonore régulier du respirateur résonne toujours comme un mauvais Jazz. Tempo funeste désolant. Dehors, l’étranglement salace d’une paire de chats errants.
06 Heures 00
Déjà. Olivier respire. Une performance. Pas une insomnie.
………
06 heures 40
Les minutes sont plus longues que les années. Dernier sacrifice du temps. L’ultime torture. Compte à rebours à la Cité. Goutte à goutte insoutenable…
7 heures 00
Mes doigts sont engourdis. Olivier nettoie ses doigts peinturlurés. L’esprit vidé. Il me sourit. J’acquièsce. On l’a fait….
Fin de la performance.