C’est bien connu, faire la conversation est tout un art. Mais écouter avec attention me semble encore plus difficile et de plus en plus rare. Un effort qui va à l’encontre de notre individualisme forcené.
Fatigué comme toujours en cette période de fin d’hiver, je suis sorti boire un verre avec Nina, histoire d’aérer un peu ce qu’il nous reste de neurones en fin de journée.
Ambiance feutrée, canapés confortables, tables basses, rideaux en velours, on se serait cru dans un bar à champagne. Une petite bière sympathique au son du dernier Morcheeba. Nous commencions presque à nous assoupir lorsque des éclats de voix sont venus rompre cette douce et rare plénitude. On aurait dit Joe Popeye et sa Bella Ragazza qui s’échauffaient quelques fauteuils derrière nous.
Soudain, une belle plante brune et vénéneuse se lève d’un bond, empoigne son sac à main et se dirige vers la sortie. Lorsqu'elle passe à côté de nous, terriblement belle avec ses yeux courroucés, le jeune homme qui l’accompagnait s’écrit :
- Non seulement tu me fais perdre mon temps, mais en plus, à cause de toi, j’ai raté mon entraînement !
Et le dahlia noir de répondre :
- Et moi j’ai raté ma vie !
Et la porte claque en laissant s’engouffrer un vent glacial.