
Samedi. 7 heures. En face de chez moi.
Martin se réveille auprès de Lucie. Comme d’habitude. Ils prennent leur petit déjeuner à la cuisine. Lui, un thé. Elle, un café. Lui, des biscottes beurrées. Confiture d’airelles. Elle, rien. Pas même un biscuit. Pas de fruit.
Martin va prendre une douche. Gisèle arrose la végétation dans le jardin. Il fait beau. Les cerisiers fleuris illuminent l’horizon de leur éblouissante floraison. Jungles graphiques citadines.
Lucie enfile précipitamment un bermuda pour sortir le chien remuant. L’animal pisse régulièrement dans le caniveau. Gouttes volages disséminées. Peut-être une crotte. Pas sûr.
Un voisin paraît. Salue amicalement Lucie. Lui parle niaisement du clebs joyeux. Parler de rien sauvegarde les liaisons perfides. Lucie retourne chez elle en paix. S’installe sur le fauteuil luisant. Martin regarde déjà la télévision. Fume une Dunhill. Le chien saute sur ses jambes ankylosées. Bave viscéralement. Soupire sans mourir.
- Lucie, qu’est-ce-qu’on fait dimanche ?
- Je ne sais pas.
- On pourrait aller au marché.
- Oui. Que veux-tu manger à midi ?
- Pareil que toi.
- Je n’ai envie de rien.
- Normal chérie. On vient à peine de déjeuner.
- C’est vrai. Je ferai des macaronis.
- On en a déjà mangé hier.
- Je ferai alors une salade. C’est bien une salade, non ?
- Oui.
- Ou bien un gratin de pommes de terre.
- Fais ce que tu veux Lucie. Et si on emmenait le chien chez le toiletteur ?
- Pourquoi pas. Il a vraiment trop de poils.
- On y va quand chérie ?
- Un de ces jours.
- Télé-achat va commencer. On pourrait le regarder. On a rien d’autre à faire.
- On pourrait faire un petit tour.
- Où ?
- Au square. Ou descendre le boulevard. Tu préfères peut-être regarder la télé ?
- Pas spécialement. Et si j’allais chez le coiffeur ? Qu’est-ce que tu en penses, Lucie ?
- Rien. Fais ce que tu veux. On fait quoi demain ?
- Dimanche ?
- Oui.
- Je ne sais pas. On a le temps d’y penser. Il reste toute l’après-midi. C’est quelle heure Lucie ?
- Regarde ta montre.
- Dix heures dix.